Colonel Amirouche

Amirouche Aït Hamouda, (né le 31 octobre 1926 à Tassaft Ouguemoun - mort au combat au sud de Boussada, le 29 mars 1959), surnommé le « loup de l'Akfadou » ou « Amirouche le terrible », est un colonel de l'Armée de libération nationale (ALN) et chef de la wilaya III pendant la guerre d'indépendance de l'Algérie.

 

Biographie
Amirouche Aït Hamouda est né le 31 octobre 1926 à Tassaft Ouguemoun, il est mort au combat au djebel Thameur, au sud de Bou Sâada, le 29 mars 1959). Après le départ du colonel Nacer (Mohammedi Saïd) vers la Tunisie, il est promu au grade de colonel de l'Armée de libération nationale (ALN) et devient chef de la wilaya III durant la lutte de libération nationale. Issu de la branche la plus modeste d'une famille aisée, fils posthume d'Amirouche Aït Hamouda et de Fatima Aït Mendès, il passe une partie de son enfance à Ighil-Bwammas dans la famille de sa mère. Adolescent, il réintègre, à l’initiative de son frère aîné Boussad le village natal. Compte tenu de sa condition modeste, il est pris en qualité de commis chez son cousin à Oued-Fodda qu’il quitte avec l’ouverture du chantier de construction du barrage de Kherrata-Derguina au lendemain des massacres de Mai 1945. Il y fait la rencontre de Bachir Boumaza responsable syndical et patron du Parti du Peuple Algérien qui décèle en lui le militant de combat qu’il allait devenir. Ce dernier l’encourage, le forme et l’encourage à intégrer l’O.S (Organisation Spéciale) en gestation. C’est dans le cadre de cette organisation qu’il est affecté à Relizane, dans l’Ouest du pays, sous couverture d’un atelier d’artisanat de bijoux sur cuivre. Il y seconde Benattia Ouadah dit Ounès, le chef local de l’O.S et prend sa succession après son arrestation en 1950. Il forme au combat nombre de militants dont trois sont encore vivants (Abdelkader Adda, Slimane Belaroussi et Djilali Debdeb). Lors de la crise interne du mouvement national, dite «  berbériste  », il est affecté à Paris où il est chargé d’apporter la contradiction aux dissidents. C’est au cours d’un meeting tenu par ces derniers au Palais des Sports qu’il est agressé à coups de chaînes de vélo et laissé pour mort sur le parvis.

De la bijouterie à la montagne

En Août 1954 il rentre à Tassaft et participe à la préparation du 1er Novembre sur le territoire des Ath Sedqa. Il est initié au maniement des explosifs par Mokhtar Kaci-Abdallah ancien artificier. Il participe à la nuit de la Toussaint sous les ordres d’Amar Ait Chikh, chef du maquis de la zone de Michelet, Il assiste, impuissant, au début de l’année 1955, au simulacre de procès, tenu sur instruction de Belkacem Krim, qui verra l’exécution inique de son cousin Ammar Ould Hamouda. Après la mort d’Amar Aït Chikh, tué dans un accrochage avec une unité française, Amirouche prend en main les combattants démoralisés ou hésitants. Il réorganise les unités avec une telle autorité et un tel ascendant que les maquisards lui demandent de prendre la place d'Amar Ait Chikh.

Plus tard, élevé au grade de Commandant, il deviendra le responsable FLN de la vallée de la Soummam. Son rôle sera d'implanter de nouveaux maquis dans cette zone difficile, travaillée par la propagande messaliste, et d'établir, une liaison avec la wilaya II (Constantinois) dont la wilaya III (Kabylie) est coupée. La mission est accomplie. Un mois plus tard, des groupes de choc FLN bien organisés opèrent dans la vallée de la Soummam et Amirouche a noué, par courriers spéciaux, un contact avec les chefs des wilayas voisines. La direction du FLN constate qu'elle peut avoir, pour la première fois, une vision globale de l'action de l'ALN dans toute l'Algérie.

En mai-juin 1955, les opérations de l'armée française prennent, cependant, une telle ampleur que toutes les communications des wilayas sont à nouveau interrompues, y compris celle d'Amirouche avec la wilaya II, mais Krim Belkacem ne peut pas en tenir rigueur à son lieutenant : celui-ci remporte en effet une grande victoire en écrasant, après un combat bien mené, le maquis MNA de Bellounis, qui était la plus grosse épine plantée au cœur de l'organisation FLN de Kabylie.

Amirouche, responsable de zone est chargé d'assurer la sécurité du Congrès de La Soummam le 20 août 1956, concentrant dans la zone de l'endroit où devait avoir lieu la rencontre plusieurs centaines d'hommes tout en mettant au point une habile diversion pour attirer les forces d'occupation dans une autre partie de la Kabylie.

Rencontre avec Krim Belkacem

Au début de l'année 1955, on avait signalé au chef de la wilaya III, Krim Belkacem qu'un certain Amirouche avait pris de sa propre initiative le commandement de la région de Michelet, après la mort de son chef Amar Ait Chikh. Krim n'en avait jamais entendu parler. Il décide de juger lui-même, par un contact direct, s'il doit s'attacher ou éliminer ce personnage hors série. Il s'installe, avec son escorte, à Illiten sur les hauteurs du Djurdjura, et il envoie à Ouacif un émissaire chargé de dire à Amirouche qu'il doit se présenter, seul, dès le lendemain, à ce P.C. bien camouflé. Krim Belkacem calcule que, compte tenu de la distance Ouacif-Illiten, le voyageur devrait atteindre le P.C. au coucher du soleil. Amirouche arrive, en fait, avec quatre heures d'avance sur l'horaire prévu. Ce grand gaillard, moustachu et barbu, montre ainsi ses qualités de « coureur de djebels », un marcheur infatigable, capable d'abattre soixante-dix kilomètres dans sa journée et passe un premier test favorable.

Il se présenta à Krim et les deux hommes se regardèrent fixement. Krim Belkacem, qui avait une grande habitude des hommes de la montagne, le jugea très rapidement. Un dur, décidé, réceptif, tranchant, impitoyable. Il fallait se l'attacher ou le supprimer. L'entretien Krim Belkacem-Amirouche est d'abord assez tendu, car le chef de la wilaya III rappelle fermement à son hôte que personne n'a le droit d'exercer un commandement dans le FLN, de collecter de l'argent et de récupérer des armes sans avoir été, au préalable, dûment mandaté. La défense d'Amirouche est habile. Il explique que s'il n'était pas intervenu, les combattants, désorientés par la mort d'Amar Ait Chikh, se seraient dispersés en petits groupes anarchiques ou seraient rentrés chez eux.

Il donna à Krim Belkacem ébahi des comptes rendus d'activité très bien rédigés d'une petite écriture fine, avec le nom des hommes, les comptes financiers au centime près. II n'y avait pas d'équivoque. Krim le jugea ferme, décidé mais obéissant et remarquablement organisé. Il avait fait preuve de qualités de chef extraordinaires. C'est bien, conclut Krim secrètement enchanté des qualités de la nouvelle recrue, « reposons-nous. Tu as fait une longue marche. Tu auras mes instructions après ..»
Amirouche numéro 2 de la wilaya III
Statue de Amirouche à Asqif-n-Tmana

Krim Belkacem saisit le jeune chef d'une proposition précise, et qui est acceptée d'enthousiasme : Amirouche quittera sa « région d'origine » des Ouacifs, où il ne serait pas prudent de séjourner plus longtemps, et il deviendra le responsable FLN de toute la vallée de la Soummam, de Sidi-Aïch à Bouira. Son rôle sera d'implanter de nouveaux maquis dans cette zone difficile, travaillée par la propagande messaliste, et d'établir, via Bouira, une liaison avec la wilaya II (Constantinois) dont la wilaya III (Kabylie) est coupée. La mission est accomplie. Un mois plus tard, des groupes de choc FLN bien organisés opèrent dans la vallée de la Soummam et Amirouche a noué, par courriers spéciaux, un contact avec les chefs des wilayas voisines. La direction du FLN constate qu'elle peut avoir, pour la première fois, une vision globale de l'action de l'ALN dans toute l'Algérie.

En mai-juin 1955, les opérations de l'armée française prennent, cependant, une telle ampleur que toutes les communications des wilayas sont à nouveau interrompues, y compris celle d'Amirouche avec la wilaya II, mais Krim Belkacem ne peut pas en tenir rigueur à son lieutenant : celui-ci remporte en effet une grande victoire en écrasant, après un combat bien mené, le maquis MNA de Bellounis, qui était la plus grosse épine plantée au cœur de l'organisation FLN de Kabylie.

Amirouche, qui établit son quartier général à l'est du Djurdjura, dans la région des Bibans, s'est hissé au rang de principal adjoint de Krim Belkacem, ce dernier le chargea d'assurer la sécurité de la tenue du Congrès de La Soummam le 20 août 1956, concentrant dans la zone de l'endroit où devait avoir lieu la rencontre plusieurs centaines d'hommes tout en mettant au point une habile diversion pour attirer les forces d'occupation dans une autre partie de la Kabylie.

Des « maquis modèles »

Doté d'une résistance physique extraordinaire, surnommé le « loup de l'Akfadou » et « Amirouche le terrible » (il lui arrive souvent de faire à pied, dans sa journée, des randonnées de 50 à 70 kilomètres), il se déplace sans arrêt. II marche de jour et de nuit, par monts et par vaux, toujours « sur le tas », payant de sa personne pour animer personnellement le combat fugitif, auréolé de légende, de « l'armée des ombres ». À son P.C., en revanche, cet organisateur qui aime la hiérarchie des postes et des responsabilités, se transforme en fonctionnaire pointilleux. II rédige lui-même, d'une petite écriture serrée, rapport sur rapport, dresse des organigrammes, fait fonctionner toute une bureaucratie avec ses papiers à en-tête, ses notes en triple exemplaire, ses cachets et ses tampons. Il est particulièrement connu pour son tempérament brutal, psychorigide et intraitable, fait régner, parmi ses troupes, une discipline très stricte et souvent même féroce, mais sa loi de fer est acceptée sans murmure parce que le chef est aussi dur pour lui-même que pour les autres. II partage entièrement la vie des combattants, prend sa part de leurs corvées (transport du ravitaillement, travaux de terrassement pour la construction des abris, etc.) et chante les poèmes dans lesquels le barde kabyle Si Muhand exaltait, il y a bien longtemps déjà, la résistance aux étrangers : « J'ai juré que de Tizi-Ouzou Jusqu'à l'Akfadou, Ils ne me commanderaient pas ... »

La réputation d'Amirouche est telle que les volontaires affluent dans ses groupes armés, dans ses maquis qu'Abane appellera un jour, au cours d'une réunion de direction du FLN, les « maquis modèles ». En juin 1955, le chef kabyle se trouve à la tête de 800 soldats constitués en unités homogènes dont la plus petite est le détachement de onze hommes. Bien armés, tous ces combattants sont aussi bien habillés grâce aux collectes d'argent que les percepteurs d'Amirouche effectuent dans différentes localités de Kabylie, surtout entre le 20 et le 30 de chaque mois, lorsque les travailleurs partis pour la France « l'exil au front », selon la formule de Si Muhand U M'hand, envoient leur mandat postal au pays natal. Les malades et les blessés sont soignés dans un service de santé qui fonctionne avec la collaboration secrète des médecins d'Alger.

La « guerre psychologique » est menée par Amirouche avec le même dynamisme que la « guerre des fusils. » Quand les autres zones de la wilaya III tirent leurs tracts à 150 exemplaires, celle d'Amirouche tire les siens à 1 500 exemplaires. Krim Belkacem a raison de dire que l'inquiétant jeune homme qu'il a recruté, six mois plus tôt, à lliten est devenu le meilleur de ses lieutenants. C'est en grande partie grâce aux combattants d'Amirouche que le chef de la wilaya III pourra soutenir honorablement, en juillet, le choc de la « division de fer » du général Beaufre, beaucoup plus offensive que les unités françaises précédemment engagées sur le terrain. Et quand, un mois plus tard, à Alger, Soustelle déclarera qu'en Kabylie « l'action des cadres français a permis une reprise en main spectaculaire des populations », ce diagnostic erroné du gouverneur qui prend ses désirs pour des réalités fera sourire les officiers de renseignements mieux informés.

Lors du départ de Saïd Mohammedi, le conseil de la Wilaya le désigne comme successeur, fonction qu'il refusera pour appliquer la règle établie par l'ALN qui exige que le poste revienne à l'officier le plus ancien dans le grade, en l'occurrence Saïd Yazouren dit Vrirouche. Ce dernier, envoyé à Tunis, sera maintenu à son poste pour permettre la désignation d'Amirouche au grade de colonel.

Durant l'été 1957, il fut nommé au grade de colonel de la wilaya III après que Krim Belkacem et Saïd Mohammedi eurent rejoint le Comité de coordination et d'exécution (CCE).


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